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Avant tout, je précise quelques petites choses. Cette article parle de soirées dans les pubs, écrit par une jeune française solitaire dans un pays totalement inconnu, qui n’a jamais bu une goutte d’alcool (et qui ne souhaite pas prendre Dublin comme prétexte pour commencer) mais qui ne déteste pas les gens bourrés, et qui reste maîtresse de ses actes et de sa conscience. Donc tout ce qui est dit dans cet article est vrai, vu et vérifiable.

Premièrement, je vais détruire une croyance acquise : Temple Bar n’est pas l’endroit incontournable pour tous les Irlandais. Non, c’est plutot celui des touristes avec leur appareil-photo. Les pubs sont kitchissimes et tous les trois mètres on vous tend un flyers, on essaie de vous entrainer dans son bar, on vous demande de l’argent. Et le plus affreux, c’est qu’en plus on met environ une demi-heure pour faire 100 mètres tellement il y a de monde. Donc endroit à éviter pour ceux qui ne veulent pas voir du carton-pâte.

Les pubs, avec les bons vieux Irlandais qui vous servent une pinte gracieusement et qui vous parle du dernier match de hurling, c’est dans les petites rues sinueuses de la vieille ville. Y’a quatre ou cinq habitués accoudés au bar, deux ou trois mamies qui jouent au tarot et de la musique dans laquelle les paroles commencent par “cuach mo lon dubh bui”… Forcément c’est pas très festif.

Donc pour les branchés, il y a le Doyles. Pub incontournable pour la jeunesse dublinoise. Quelquesoit le jour, faut faire la queue pour rentrer. Y’a quatre videurs qui rigolent pas, mais alors pas du tout. Impossible de gruger. Donc on attend. Souvent, ça dure un moment, parce qu’ils font rentrer en fonction du nombre de personnes qui sortent. Y’a des règles de sécurité, ça rigole pas. Forcément, t’as le temps d’attraper une pneumonie ou de détruire ton brushing sous la pluie. Mais pour le Doyles, tous les sacrifices sont bons.

La semaine dernière, en attendant patiemment mon tour pour rentrer, je vois un pauvre type se faire sortir du pub par deux videurs. Il doit avoir 18 ans maximum. Il est complètement cuit. Il tangue dangereusement, bouscule deux Irlandaises (en mini-jupes et talons aiguille, ça va de soi) qui le repoussent assez violemment. Finalement le videur d’ 1,95 mètres l’empoigne et le balargue à cinq mètres (et là je me dis que je ne vais surtout pas essayer de m’incruster dans la queue…). Le pauvre échoue contre un poteau électrique. Il reste là cinq minutes, à se plier en deux. Tiens, on dirait une équerre de loin. Et au moment où je lance à Myriam “lui il va pas tarder à tomber”, il s’écrase violemment sur le trottoir la tête la première. Je me dis qu’il a du se fendre le crâne, qu’il est mort, que tout le monde va se mettre à hurler, que son sang va souiller le trottoir,… bref, je suis horrifiée. Mais non pas du tout, personne ne bouge.Les videurs se marrent. Un air de déjà vu ?… Un des amis de Myriam que je ne connais pas, se précipite sur le “cadavre” et tente de le réanimer. Ah il est étudiant en médecine, ça tombe bien. Soit dit en passant, il s’y croit un peu mais bon tant mieux qu’il soit là. Il lui prend le poul, il le tourne sur le coté, tout le monde s’en fout. L’un des videurs finit quand même par se ramener. Il le secoue, lui colle une baffe, aucune réaction. Au final, on a le samu qui arrive et nous embarque notre jeune alcoolique, le haut du crâne en sang. Tout ça pour dire que les jeunes Irlandais sortent seuls pour se coller une grosse cuite,à la limite du coma éthylique, sans se demander où ils vont se retrouver, et tous les autres autochtones s’en foutent complètement. Ca fait partie des moeurs. Retenons aussi que notre ami, le futur médecin, a du se retaper toute la queue… Les héros ont la vie dure.

Aller, on est dans le Doyles ! Y’a trop de monde, je ne peux pas passer. On m’écrase quinze fois le pied avec, entre autres, des talons aiguille. J’ai mal. Ca sent la bière, la transpiration, un peu le vomi, j’étouffe, je me sens pas bien. Bon je réussis à atteindre le bar. Je hurle ”one white limonade please”. Trois mecs me dévisagent. Je crois qu’ils ne savent même pas ce qu’est une limonade… 1,20 €. Ah bèh là super bonne surprise ! Pour une fois qu’un truc est pas cher à Dublin. Ca me met de bonne humeur. Jusqu’à ce qu’une blondasse-pétasse (pardon) me renverse le contenu de sa pinte sur les pieds (et un peu sur le tee-shirt). J’ai envie de la traiter de tous les noms mais elle me comprendrait même pas… Donc je lui lance la seule insulte que j’ai appris en un mois : “fucking bitch”. Elle entend rien, elle continue son chemin.

Bon, ma limonade et moi partont découvrir les lieux. Ah tiens, il y a trois niveaux dans ce pub. Je vais aller en haut. C’est le coin “boîte”. Musique pop, rock, des gens bourrés qui dansent et moi collée au mur protégeant mon verre de limonade. Humm, trop de bruit et trop de monde. Je redescend. Au sous-sol, c’est plus chaud. La musique est moins forte, y’a moins de gens mais le spectacle est toujours aussi passionnant. Deux jeunes s’enfilent quatre shouters qu’ils ont préalablement fait flamber. Y’en a un autre qui danse au milieu de la piste avec sa pinte de bière dans les mains, en l’air. Il en met sur tous les gens autour. On le bouscule, ça crie, il va se faire décapiter par un type qui ressemble à une montagne. Je m’asseois sur un tabouret. Forcément je suis dans le passage. Je fais des croche-pieds à tous le monde sans le vouloir. “Sorry, sorry”. Un couple s’asseoit à coté de moi. Ils arrêtent pas de s’embrasser, se montent dessus, se tripotent, ça commence à m’écoeurer. En fait, y’a à peu près une dizaine de couples qui font le même chose autour de moi. C’est complètement lubrique.

J’essaie de me frayer un chemin pour remonter retrouver mes amis (enfin mon amie). Un irlandais m’accoste. Il me crie dans les oreilles, je comprend rien. Il me postillonne sur les joues. “Sorry, I am french, I don’t speak english. Bye.” Au lieu de le rebuter, ça l’encourage. “Bonjur mon ami !”, lache-t-il et puis il se marre. “héhé ! Santé! You drink vodka ?” No, limonade. Ah, il a l’air vachement moins enjoué du coup. J’en profite pour m’éclipser.

Bon, vite, j’ai besoin d’air. Cigarette. Il pleut. Une fille en talons aiguille et mini-jupe est assise parterre et se vomit dessus. Des gars vont la voir et se foutent d’elle. Un videur arrive, me surprend avec mon verre dehors, me l’arrache des mains et vide son contenu sur la chaussée. Et sans un mot, il rentre dans le pub avec mon verre vide. Je reste à peu près scotchée deux minutes, les mecs rigolent. Ok, j’en conclue qu’on peut pas sortir avec son verre. Tiens, oui, c’est écrit sur la porte. Mais comme c’est en anglais, ça saute pas toujours aux yeux. Bon là je me dis qu’il est peut-être temps que je rentre avant que quelqu’un ne me vomisse dessus ou que le videur me colle un coup de boule parce que j’ai écrasé ma clope devant la porte du pub.

En marchant sous la pluie, je réfléchis à tout ça et je me dis que finalement les pubs irlandais ne sont pas si différents des bars français. Suffit juste d’être sobre pour s’en rentre compte. On se délecte à décrire la nature humaine. A bon entendeur…

3 commentaires pour “”

  • raphou dit :

    pas mal ta description sophie, tu m\’a presque dégouté des pubs irlandais! mais c\’est quand même un peu plus violent qu\’en France me semble t-il…

  • sophiecarbo dit :

    oui certainement… l’irlandais moyen peut s’enquiller jusqu’a 9 pintes en une soiree. Forcement, les resultats ne sont pas les memes qu’en France…

  • ANDRIEU Damien dit :

    Vivement la Nouvelle Année!!!héhé…

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