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Dublin l’imprévisible

 

Dublin en gaélique se dit «Baile Atha Cliath », ce qui signifie « la ville du gué des haies de roseaux ». Obscure dénomination… Mais le gaélique est une langue abstraite, où chaque mot peut avoir une définition différente en fonction de son contexte. On pourrait croire que tous les Irlandais comprennent et parlent le gaélique. Mais il n’en ai rien. Langue obligatoire enseignée au collège et au lycée, elle est presque qualifiée de langue morte. Seuls les Irlandais vivants dans les profondes campagnes l’utilisent. Et pourtant, tout est traduit en gaélique dans le centre-ville de Dublin. Les panneaux routiers se partagent entre l’anglais et la langue historique, les inscriptions sur les rues, les moindres écritures. Comme si deux identités de citoyens cohabitaient dans un même endroit. Alors, attrape-touriste ? Attachement sentimental au folklore ? Personne ne saurait l’expliquer concrètement.

 

Dublin, quand on arrive, on est éblouit par ses vitrines, ses grands boulevards, sa forte circulation, la foule noire de monde qui se bouscule sur les trottoirs. Sans cesse en mouvement, on ne peut pas tenter de traverser au rouge, les taxis ou les bus se feraient une joie de vous écraser. O’Connell Street et son Spire, plus haute sculpture du monde pointant son aiguille à 120 mètres de hauteur, ressemble aux Champs Elysées parisiens. Mais seulement dans sa configuration. O’Connell c’est au nord de Dublin, et le Northside c’est le centre d’habitation de la classe populaire et ouvrière. Des groupes de gosses de 12 ans stagnent sur l’avenue, dévisagent les passants, crachent parterre et taxent des clopes. Pas vraiment accueillant.

 

Le Southside, c’est le coté aisé de Dublin. La Liffey fait figure de frontière entre deux mondes. Dès qu’on traverse le O’Connell Bridge, la lumière change d’elle-même. Plus ces lampadaires orangés qui transforment une rue en No Man’s Land angoissant. Les façades des somptueux hotels jettent des couleurs accueillantes et chatoyantes. Alors on lève le nez et on découvre les splendeurs des maisons bourgeoises dublinoises. Dans le bus à étage, on s’élèvent au niveau des fenêtres et on s’étonne à épier l’intérieur de l’une d’entre elle, avec la lumière chaude des grands lustres en cristal et les tableaux format A0. En haut de Grafton Street longée de ses magasins luxueux, on débouche devant St Stephen Green, le grand jardin public de Dublin. Encadré par le St Stephen Green’s Shopping Centre, tout en verre et en fleurs, et par le Shelbourne Hotel, palace historique du centre ville, on se dit que la vie doit être beaucoup moins morne par ici que dans le Northside. Forcément, Dublin Sud c’est aussi Temple Bar, Trinity College, les trois grands musées nationaux, et le centre des affaires.

 

Mais le Nord a aussi son intêret « populaire ». C’est là que se trouve le stade où se jouent les matchs de foot gaélique et de hurling. Pour apprécier un véritable contact humain mouvementé et excitant, c’est là qu’il faut aller. A la fin de chaque match, les supporters envahissent les rues et les pubs environnants. Les courses de lévriers à Shelbourne Park sont aussi un moment privilégié d’activité contagieuse. On se laisse entrainer dans les paris, on ressent la tension du jeu, on se lève, on encourage « son » chien,… Le niveau de vie est certes différent mais l’attraction presque aussi intense. A choisir entre chanter « Wonderwall » à la sortie d’un pub avec les groupes sauvages de Temple Bar, ou faire de la voix sur un hippodrome, je préfère encore la dernière proposition…

 

Mais Dublin est une toute petite ville dont l’attraction touristique se situe essentiellement dans ses pubs et ses fêtes nocturnes. On se lasse vite de cette fourmilière et l’étendue des tourbières autour de la ville nous emporte vers des voyages solitaires et vivifiants. S’asseoir au bord de l’eau, avec comme seul horizon l’étendue plate et apaisante de la mer, pour seul bruit de fond les cris des mouettes s’affairant sur le port, ça vous fait tout remettre en question. Les couleurs sont mille fois changeantes, le soleil disparaît entre deux averses alors qu’il illumine encore un phare au loin, la mer passe du bleu turquoise au gris souris,… On se sent alors au plus près de la nature comme jamais on aurait pu l’imaginer. La solitude ne pèse plus, au contraire, elle délivre des sentiments d’évasion. L’Irlande comme je la voulais se dévoile enfin.

 

Et puis la nuit tombe, vers 16h30, et le froid me force à rentrer. En marchant vers le Northside où seuls la chaleur et le vide d’une chambre m’attendent, je retrouve la fatale réalité de ma condition d’exilée et je replonge dans l’évasion attractive de mes souvenirs et de mes joies françaises. Avec le sombre espoir que Dublin se révèle enfin un jour…

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