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Ambiance…

 

18h34. Nuit noire. Retour à la maison vers Phibsborough, quartier ouvrier au nord de Dublin. Les rues sont désertes, avec des lampadaires qui grésillent. Je me crois dans une reconstitution de l’émission cauchemardesque « Faîtes entrer l’accusé », sans Hondelatte mais avec le tueur de la gare de Perpignan en tête. Un type portant un blouson en cuir déboule d’une rue. Il me fait penser à Hondelatte. Il marmonne un truc en anglais, je comprend rien, je marche. Je fais semblant d’observer le ciel et je jette un coup d’oeil derrière moi. Il a disparu. J’essaie de marcher sur le bout de mes chaussures, évitant coûte que coûte la résonnance (« clap clap ») de mes talons sur le bitume, terriblement angoissant. J’arrive enfin au numéro 9. Coup d’oeil aux fenêtres : allumées. Je ne suis pas seule. Légère déception.
 
Après avoir donné un fort coup de pied dans la porte pour l’ouvrir (le bois gonfle à cause de l’humidité…), j’atterris dans la chaleur du salon. Toutes les lumières sont allumées. On se croirait à Versailles, version petits pauvres. Pourtant chacun est enfermé dans sa chambre. J’en conclue que les Irlandais ne savent pas faire des économies d’électricité…

Je monte l’escalier et je m’enferme aussi dans ma chambre. Triste réalité : je vis avec des étrangers. C’est un peu un hôtel. On croise des visages familiers mais on n’a jamais pris la peine d’essayer de se connaître. Pourtant depuis deux mois et demi je vis et je partage tout avec eux. Je redescend à la cuisine. Porte communiquante fermée à double tour (instruction du proprio) et je m’engouffre dans la pièce. Il fait la même température que dehors. Pas de chauffage dans la cuisine et la salle de bain, j’ai de la buée qui me sort du nez quand je respire. Brrrr… Ah Martin, mon fantastique coloc irlandais de 45 ans est passé par là. La vaisselle qui traine dans l’évier, la poêle remplie de graisse encore sur la cuisinière et une espèce d’odeur d’oignons fris dans la rance. Il y a aussi des grandes empreintes de semelles sur le sol. Accueil impeccable. Je n’ai finalement plus faim.

Bon alors je vais prendre ma douche. Le temps que l’eau chauffe, j’ai les poils des bras tout hérissés, le corps recouvert de chair de poule et je trépigne dans la baignoire. Ah enfin du chaud. Le pauvre filet d’eau qui s’échappe de la pomme de douche arrive tout juste à me mouiller la largeur de trois doigts. La pression est pourtant à fond… La salle de bain se remplit de buée. Je met environ trente minutes à me laver les cheveux. J’en oublie l’après-shampooing. Pas grave, je n’ai qu’une envie, c’est en finir avec ce glaçon géant. J’entrouve la porte afin de pouvoir utiliser le miroir convenablement. Martin débarque. Il entre même si la lumière est allumée. De toute façon, c’est toujours allumé. Je crie. Il crie aussi. « Sorry, sorry ! ». Et comme je ne sais pas dire « y’a pas de mal Martin », ou « c’est bon, c’est pas grave » (politesse oblige), je lui répond « no, no! » Et là je me demande s’il a pas pris ça pour des avances. Genre « Non, non, vas-y, entre ! ». Humm je préfère ne pas trop y penser.

Je remonte dans ma chambre. Je ferme à clé, comme tous les soirs. Je n’ai toujours pas faim. De toute façon, il doit me rester un poivron et des pâtes. Je mangerai mieux demain. Hup, connexion internet lancée, et des heures sur msn, à envoyer des mails, à lire l’actu, à faire des tests stupides sur le site de Elle, à descendre de temps en temps pour me faire un café et à fumer des cigarettes. A minuit, j’ai des yeux version myxomatose et le miroir sur mon bureau me renvoie une image qui fait peur. Aller, au lit.

Minuit et Sinead, l’autre coloc rentre. Elle monte les marches de l’escalier quatre à quatre, j’ai l’impression que toute ma chambre va s’écrouler. Elle se met à chanter. Comme tous les matins, et comme tous les soirs. Elle est chanteuse lyrique. Mais en version ratée. Sa voix s’élève vers des octaves célestes, la voix s’éraille, c’est insupportable. Je ne comprend plus ce que raconte Proust. Déjà que dans le silence j’ai du mal, alors là, le livre me tombe des mains. Je me retourne, je souffle, je tappe du pied sur les barreaux du lit. MAIS ELLE VA SE TAIRE ???

Je rêve alors d’une colocation où tout le monde est gentil et tout le monde s’aime… Où la haine ne devient pas obsessionnelle au point de vouloir faire les pires crasses le lendemain par vengeance contre ces deux irlandais égoistes et insupportables… Mais les vocalises de Sinead m’empêchent même de réfléchir. Alors comme tous les soirs, j’attend. Finalement elle s’arrête. Je réussis tant bien que mal à m’endormir. Mais je sais que demain matin je vais être réveillée à 8 heures soit par les chants non-harmonieux de Sinead, ou par la toux grasse vomitive de Martin… Bon j’ai quand même 7 heures de sommeil au calme. Comme si c’était une chance…

On m’avait prévenu pour les colocations mais j’étais loin de penser qu’une de ce genre pouvait exister. On m’avait dit aussi que dans les appartements partagés, souvent on se disputait et qu’il ne valait mieux pas vivre avec un très bon ami. Il devient vite un ennemi. Le bonheur dans tout ça, c’est que je n’ai pas perdu d’amis, puisque je n’ai toujours eu que des ennemis.

4 commentaires pour “Ambiance…”

  • elia dit :

    Rho écoute Sophie c’est pas la mort t’aurais pu tomber sur pire……en fait non^^ TIRES TOI!

  • elia dit :

    et au fait…pas de photo pour cet article? personnellement je serai friande d’une petite photo de Martin…. Mission mission!

  • Mehdi dit :

    C’est bad tout ça… =/ Une photo de ce gars-là ça me tenterait bien aussi!

    ()() ( ^^) c( “)( “)

  • Mehdi dit :

    Phoque ! Ça m’a tout pourri mon lapin !!

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