Un grand bol d'Eire http://sophiecarbo.blogsudouest.com Un blog SUD OUEST BLOGS weblog Sat, 13 Dec 2008 22:03:45 +0000 http://wordpress.org/?v=wordpress-mu-1.2.1 fr Le porc-salue http://sophiecarbo.blogsudouest.com/2008/12/13/le-porc-salue/ http://sophiecarbo.blogsudouest.com/2008/12/13/le-porc-salue/#comments Sat, 13 Dec 2008 22:03:45 +0000 sophiecarbo http://sophiecarbo.blogsudouest.com/2008/12/13/le-porc-salue/ Début décembre, l’Irlande sort de son indifférence et vient faire les gros titres des journaux. Pas pour le meilleur… Le porc irlandais est contaminé !
 
Et c’est donc le jour de cette nouvelle que, encore dans l’ignorance, je décide d’aller faire mes courses et d’acheter de la viande. Et oui, le Conseil Européen m’a gentiment accordée une bourse de 3420 euros et le Conseil Général y rajoute 1000 euros. C’est donc pleine de joie et d’allégresse en pensant au bon repas que je vais pouvoir me concocter, que je décide pour la première fois depuis mon arrivée à Dublin d’aller m’acheter de la viande.

Premier achat : du boeuf. Oulala c’est cher, environ 6 euros la bavette. Bon aller, faut savoir se faire plaisir dans la vie. Maintenant du porc. C’est bizarre, du vide dans les rayons, je met ça sur le compte qu’on est dimanche et que les livraisons ne seront faites que le lendemain. Impossible de trouver du porc. Je demande donc pleine d’incompréhension au type qui range les sauces. Il me regarde comme une débile. Et puis il m’explique gentiment que toutes les viandes de porc stockées depuis septembre ont été retirées des étalages à cause de la dioxine. La quoi ? Bon tant pis. Je mangerai de la dinde.
Rentrée à la maison, j’allume le portable et je consulte l’actu. Ah oui, en effet, le porc irlandais fait parler de lui. “L’alerte a été lancée hier (samedi) soir après la découverte, lors de contrôles de routine fin novembre, de traces de polychlorobiphényles (PCB), un polluant généralement assimilé à de la dioxine, dans de la graisse de porc provenant de neuf élevages de porc irlandais. Les PCB sont des polluants organiques persistants et probablement cancérogènes.” (libé.fr)

J’appelle ma mère, comme tous les dimanche. “Tu ne manges plus de porc, hein ?? t’as vu l’actu ?” Oui, oui c’est bon. Sur facebook, “Sophie fais gaffe, t’intoxiques pas avant de rentrer !” Et bèh, tout le monde veut me protéger, c’est gentil.
Je fais donc cuire ma bonne grosse bavette de boeuf et mon colloc Antonio, attiré par l’odeur, pousse un cri d’horreur en voyant ce qui cuit dans la poële. “Ah non Sophie ! Tu ne dois pas manger de viande ! Tu vas avoir le cancer !!” C’est pathétique. Non, Antonio, je ne cèderai pas à la panique. Et puis c’est sur le porc, pas le boeuf. “Mais siiiii ! Tu lis jamais l’actu ?” Encore une fois, je fonce sur libé.fr. Visiblement des élevages bovins et ovins auraient aussi été contaminé mais à moindre échelle. De toutes façons, depuis septembre je mange du bacon et je suis pas morte. Alors la bavette de boeuf appétissante ne bénéficiera d’aucun sursis.
Au delà de ma petite personne et de mon entourage proche, cette nouvelle est terrible. Visiblement Noel est la période la plus prospère pour les ventes de porc puisque la tradition veut que la dinde soit accompagnée d’un bon gros jambon. La nouvelle est tombée comme une masse sur les têtes rousses et tout le monde le déplore. Surtout les éleveurs. En plus de la crise économique, la crise alimentaire. Chacun en a pour son compte dans cette histoire.

Et par extension, difficile de voir un avenir prospère pour nous, pauvres étudiants en fin de cycle, sur le chemin du travail. C’est complètement désespérant. Mes ambitions et ma motivation en sont affectées, je ne sais absolument pas ce qui m’attend à mon retour en France en juin. Le journal de 13h de France 2 visionné tous les midi me déprime…

Et dans cette fin d’année, le porc, petit animal sympatique, va devoir subir l’humiliation. A l’image de la vache folle, j’espère surtout que l’Irlande pourra se relever de ça.

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Giant’s Causeway http://sophiecarbo.blogsudouest.com/2008/11/22/giants-causeway/ http://sophiecarbo.blogsudouest.com/2008/11/22/giants-causeway/#comments Sat, 22 Nov 2008 20:45:02 +0000 sophiecarbo http://sophiecarbo.blogsudouest.com/2008/11/22/giants-causeway/ ]]> http://sophiecarbo.blogsudouest.com/2008/11/22/giants-causeway/feed/ Tourist travel http://sophiecarbo.blogsudouest.com/2008/11/22/tourist-travel/ http://sophiecarbo.blogsudouest.com/2008/11/22/tourist-travel/#comments Sat, 22 Nov 2008 20:32:27 +0000 sophiecarbo http://sophiecarbo.blogsudouest.com/2008/11/22/tourist-travel/ A défaut de pouvoir louer une voiture et de conduire surtout avec le volant à droite, le bus Paddytour nous embarque dans la découverte de la côte nordique irlandaise. Départ à 8h30, retour prévu à Belfast à 17h. Paddybus est réglé comme une horloge.


Comme prévu, on est à la bourre, on s’est perdus dans les rues de Belfast, on a du s’arrêter pour acheter la collation de midi,…bref on court. Ouf, le bus est là. Et c’est bien calés dans le fond que le voyage se lance. Le bus est à 90 % rempli de Vénézuéliens qui parlent fort et qui se prennent en photo. Je regrette la location suicidaire d’une voiture…

Paddyman blablatte dans son micro, nous donne le programme (serré) de la journée.

Tout d’abord, on fait une halte sur les falaises de la côte. Faut pas oublier qu’on est des touristes à la recherche des paysages cartes postales irlandais. Malgré la brume du matin, on aperçoit les côtes écossaises. C’est joliiiiii ! On fait des photos, on hésite à allumer une clope (on est quand même plantés au beau milieu de la nature) et puis on se laisse aller.

Ah Paddyman et son Paddybus sont déjà entrain de repartir. Faut pas se faire oublier.


On roule direction Giant’s Causeway, la chaussée des géants, appelée Clochán na bhFómharach en gaélique (signifiant Le petit tas de pierre des Fomoires). Tout est prévu pour les touristes. Au beau milieu d’une nature vierge et sauvage, un hotel, un restaurant, et un magasin de souvenirs. On n’est pas les seuls. Pleins de bus mastodontes dégueulent des gens de toutes nationalités, appareil-photo en main, prêts à dégainer. Paddyman donne ses indications : « Bon, les amis, il est 11h sur ma montre. Rendez-vous au restaurant à 11h50 pour le déjeuner. Qui veut manger du Irish Stew ?? » Et bèh, on mange même les spécialités. Tout est prévu. Y’a aussi un bus électrique qui fait la navette entre le parking et le site de la Chaussée des géants. Je suis tentée… Non c’est quand même 1,20 €. Et puis j’ai pas 80 ans.


Environ 40 000 colonnes hexagonales verticales s’embriquent comme des Lego. C’est vraiment époustouflant. Alors kékidi le guide ? La légende raconte que le géant irlandais Finn mac Cumhail (dit Finn mac le Cool) avait construit la chaussée pour pouvoir aller combattre son homologue Benandonner en Ecosse. Mais une fois arrivé, Finn a pas du tout trouvé ça cool. Au contraire, il a aperçu de loin l’autre géant écossais, d’un taille inimaginable, a pris peur et s’est vite dépêché de rentrer en Irlande. Mais Benandonner comptait pas le laisser s’échapper aussi facilement. Il traversa alors la mer, grâce à la Chaussée, pour le retrouver. Quand il arriva chez Finn, il fut stupéfait. En effet, la femme de Finn l’avait préalablement déguisé en bébé. Elle lui dit que son époux était sorti, qu’il n’allait pas tarder à rentrer et lui montra alors le « bébé » endormi. Benandonner constatant la taille de l’enfant se mit alors à imaginer proportionnellement la taille du père. Il pris peur à son tour, et repartit vite en Ecosse, après avoir préalablement détruit le Chaussée. Y’a aussi avant une histoire d’amour avec « a woman with beautiful red hair » mais bon faut pas trop m’en demander non plus. Paddyman, il parle vite. Qu’est-ce qu’il faut en retenir ? Que les Irlandais sont des fiottes ? Non, qu’ils sont rusés pardon.


Bon pour ceux qui ne croient plus au Père Noël, les scientifiques disent que c’est une formation très ancienne, genre Paléogène (qui est aussi évidemment le début du Cénozoïque, comme tout le monde le sait) dûe à une coulée de lave balsamique qui au contact de la mer s’est refroidie et a créée cette fracturation hexagonale des pierres…

Et hop, on peut même escalader les falaises ! Ouah c’est génial. Oula, ça glisse, oh oh attention ! Et paf ! Une vague qui s’écrase sur les rochers. C’que c’est drôle ! Bon c’est pas tout ça, faut aller manger maintenant.

Evidemment je suis encore à coté de la plaque. Je mange mon sandwitch en planque et en solo, tout le monde se délecte sur le Irish Stew. Arrêtez là, c’est qu’un ragout. « Ah il est bon ce boeuf ! » Non, c’est du mouton madame… Oula, c’est l’heure, faut y aller.


Direction Londonderry, qui s’appelle Derry pour les Irlandais. Ne surtout jamais dire Londonderry, c’est encore une preuve avilissante de la domination British. Paddyman propose une visite des Docklands meurtris catholiques et protestants de la ville. Avec ce que j’ai vu la veille à Belfast, je préfère pas. Donc c’est encore une fois seule que je pars visiter la vieille ville, carte en main. Je marche le long des remparts, le soleil couchant sur l’horizon, c’est splendide. Une bonne heure à essayer de programmer mon appareil-photo sur « coucher de soleil », ça marche pas. L’heure tourne et la récréation libre s’achève. Petite halte pipi dans un centre commercial avant le grand retour. Une demi-heure plus tard, le bus redémarre. Sauf qu’il manque quatre Vénézuéliennes. Paddyman, il est pas content. Nous non plus d’ailleurs, y’en a qui ont un bus à prendre à Belfast pour rentrer sur Dublin. Finalement, il attend pas, il s’en va. Alors là je dis chapeau, on laisse les quatre filles à Derry. Enfin, les autres Vénézuéliens se réveillent et se rebellent. Une vraie mutinerie, ça crie en spanglish. Paddyman fait demi-tour et on retrouve nos quatre retardataires sur le parking, des poches pleins les bras… Mouais !


Arrivés à Belfast, notre sympatique chauffeur de bus nous propose de nous ramener sur Dublin. Pour que le voyage ne soit pas trop long, il nous envoie « Orgueil et préjugés ». C’est à pleurer tellement c’est niais mais bon, on se laisse prendre par la mince trame romantique. Dublin sort de la nuit et nous voilà arrivés.

Conclusion : les voyages organisés c’est nul, mais on a quand même eu le plaisir de voir (rapidement) les points importants de la côte. La prochaine fois, on louera une voiture.

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http://sophiecarbo.blogsudouest.com/2008/11/22/39/ http://sophiecarbo.blogsudouest.com/2008/11/22/39/#comments Sat, 22 Nov 2008 18:57:42 +0000 sophiecarbo http://sophiecarbo.blogsudouest.com/2008/11/22/39/ ]]> http://sophiecarbo.blogsudouest.com/2008/11/22/39/feed/ “Dockland’s tour” http://sophiecarbo.blogsudouest.com/2008/11/22/docklands-tour/ http://sophiecarbo.blogsudouest.com/2008/11/22/docklands-tour/#comments Sat, 22 Nov 2008 18:55:07 +0000 sophiecarbo http://sophiecarbo.blogsudouest.com/2008/11/22/docklands-tour/ ]]> http://sophiecarbo.blogsudouest.com/2008/11/22/docklands-tour/feed/ Belfast in conflict http://sophiecarbo.blogsudouest.com/2008/11/22/belfast-in-conflict/ http://sophiecarbo.blogsudouest.com/2008/11/22/belfast-in-conflict/#comments Sat, 22 Nov 2008 18:02:29 +0000 sophiecarbo http://sophiecarbo.blogsudouest.com/2008/11/22/belfast-in-conflict/

Le soleil se lève quand nous arrivons à Belfast.

Premier impératif : retirer de l’argent. Et oui, le British State est plus que jamais là : les livres sterling, les black cabs, les drapeaux anglais, sans parler des bus à étages. Bon bon, 50 livres en poche (X 1,20 = 60 euros), c’est parti ! Les rues sont désertes, il est pourtant 9h30…


Je m’étonne à reconnaître des similitudes dans son agencement avec la France. Un grand centre-ville, de larges avenues, de longues rues piétonnes, des cafés,… une ville visiblement moins étouffante que Dublin. Enfin je respire. On se balade, on prend la pause café toutes les heures en bon français qui se respecte et on traine. En fait, j’ai l’impression qu’il n’y a rien à voir… Pas de grand monument (à part le City Hall). Le Guide du Routard est plus bavard sur le conflit catholique/protestant que sur les perles de la ville.


Ce cher Mickael Jones disait « Si j’avais grandi dans les docklands de Belfast / Soldat d’une foi, d’une caste / Aurais-je eu la force envers et contre les miens / De trahir : tendre une main ? ». Et bien aujourd’hui, après ce que j’ai vu, je dirais…non.


Devant le City Hall, un black cab vient nous prendre. Il nous emmène tout droit dans les « docklands » de Belfast. Il est sympa ce type. Il nous offre des « sweets » au chocolat, il nous demande si tout le monde comprend bien l’anglais. Euh… Je vais faire un effort, promis.


Première escale : devant les « murials ». Les maisons du quartier protestant recouvertes de peintures grandeur nature. De véritables vénérations artistiques pour Crowmwell, des mémoriaux en souvenir des chefs des gangs armés tués par une bombe ou un sniper,… on commence déjà à sentir un malaise… Les touristes affluent, prennent des photos, et les habitants du quartier sortent leurs chiens, les enfants jouent dans le jardin comme si de rien n’était. Une habitude.


On continue, on roule. Le driver parle, répète, fait des anecdotes. Moi évidemment, je pipe rien. Je regarde par la fenêtre. Je m’aperçois que beaucoup de batiments sont à l’abandon et jamais reconstruits. Comme pour laisser là le souvenir inoubliable de ce qui s’est passé. Des écoles aux fenêtres condamnées, des pubs aux devantures défoncées, ça sent la mort… Le taxi s’arrête souvent pour nous montrer des stigmates, il nous laisse sortir dans le froid, analyser et voir en profondeur tel « murial », telle icône, tel bâtiment dévasté par une bombe. Les vérandas sont renforcées par des grilles de fer, les grillages des jardins et les murs surmontés de barbelés…


On arrive devant le Mur. Celui-ci n’a rien à envier à celui de Berlin. Il est plus vrai que nature et surtout encore et toujours utilisé. Il sépare le quartier catholique du quartier protestant. Encore aujourd’hui, passée une certaine heure, les portes se referment, empêchant le moindre contact entre les deux « camps ». Des deux cotés du mur, des dessins, des phrases, des appels à la paix. Chacun y écrit ce qu’il veut. Même nous, nous avons le privilège de laisser, comme des milliers de touristes, une trace de notre passage. Le driver nous donne un feutre. Ca fait partie du tour.


Et puis on passe du coté des catholiques. On ressent la persécution, la tension palpable, on a la gorge nouée devant le visage peint d’un enfant de 10 ans, tué lors d’un attentat. Les maisons sont pauvres, beaucoup sont en ruines. Le driver devient plus sympatique. Comme si d’un coup, il se sentait chez lui. Il fait un arrêt devant un mémorial et nous offre des Marlboro menthols. Il sort enfin du taxi, il ne nous attend plus à l’intérieur. Il tape dans ses mains devant moi : « Wake up ! Wake up my love ! ». Hé ho, on se calme ! Il me demande si je comprends, bon j’avoue, non pas vraiment. Mais même si je suis sûre que ses anecdotes sont fameuses et riches, je sais que le simple fait de voir et d’observer crée déjà en moi une souffrance psychologique, des questions se posent. Le driver insiste alors auprès de mes amis pour qu’ils me traduisent tout ce qu’il dit. Visiblement, que je sois mise au courant lui tient à coeur. Marine m’explique qu’il leur a avoué que sa propre mère avait été tuée par un gang. Elle lui a alors demandé de quel coté il se situe. Il n’a pas voulu répondre. Mais certains signes ne trompent pas…


La visite a bien duré 1h30. Notre nouvel ami le driver nous dépose devant le Crown, pub mythique de Belfast. On lui donne plus d’argent que prévu, comme une reconnaissance de nous avoir permis de ressentir un trouble, une violente compassion. On a presqu’envie de passer la soirée avec lui, de tout savoir, de tout entendre, de tout comprendre. Mais bon, après tout nous ne sommes que des touristes. On n’a pas l’exclusivité des gens malheureusement.


Et puis c’est autour de trois pintes de Guinness et d’un verre de limonade que les langues se dénouent. Pourquoi ? Comment ? Les douleurs sont-elles encore présentes ? Forcément, le conflit n’a même pas un demi-siècle. C’était il y a tout juste trente ans. Le Guide du Routard est très clair : « un petit garçon catholique a très peu de chances de rencontrer un petit garçon protestant, les écoles étant encore à 95 % confessionnelles… ». Le cesser-le-feu est passé, les esprits sont-ils apaisés pour autant ? Comment grandir en se faisant sa propre idée dans une famille qui a forcément connue au minimum une mort d’un proche à cause de cette guerre ? Et puis on discute, on argumente, on élargit le débat au vécu de chacun de nous. On finit même par s’engueuler. Sujets trop frais, trop personnels et donc trop sensibles.


Le soleil s’est couché depuis longtemps sur Belfast. Le froid nous prend tout entier quand on sort du pub. Personne ne parle. Ce voyage grandeur nature nous a aussi fait l’effet d’une bombe. Et puis au fil des heures, les réflexions disparaissent, les sujets de conversation prennent de la légèreté. Spectateurs tragiques, aucun d’entre nous ne s’est finalement senti concerné…

 

 

 

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Ambiance… http://sophiecarbo.blogsudouest.com/2008/11/13/ambiance/ http://sophiecarbo.blogsudouest.com/2008/11/13/ambiance/#comments Thu, 13 Nov 2008 02:09:26 +0000 sophiecarbo http://sophiecarbo.blogsudouest.com/2008/11/13/ambiance/  

18h34. Nuit noire. Retour à la maison vers Phibsborough, quartier ouvrier au nord de Dublin. Les rues sont désertes, avec des lampadaires qui grésillent. Je me crois dans une reconstitution de l’émission cauchemardesque « Faîtes entrer l’accusé », sans Hondelatte mais avec le tueur de la gare de Perpignan en tête. Un type portant un blouson en cuir déboule d’une rue. Il me fait penser à Hondelatte. Il marmonne un truc en anglais, je comprend rien, je marche. Je fais semblant d’observer le ciel et je jette un coup d’oeil derrière moi. Il a disparu. J’essaie de marcher sur le bout de mes chaussures, évitant coûte que coûte la résonnance (« clap clap ») de mes talons sur le bitume, terriblement angoissant. J’arrive enfin au numéro 9. Coup d’oeil aux fenêtres : allumées. Je ne suis pas seule. Légère déception.
 
Après avoir donné un fort coup de pied dans la porte pour l’ouvrir (le bois gonfle à cause de l’humidité…), j’atterris dans la chaleur du salon. Toutes les lumières sont allumées. On se croirait à Versailles, version petits pauvres. Pourtant chacun est enfermé dans sa chambre. J’en conclue que les Irlandais ne savent pas faire des économies d’électricité…

Je monte l’escalier et je m’enferme aussi dans ma chambre. Triste réalité : je vis avec des étrangers. C’est un peu un hôtel. On croise des visages familiers mais on n’a jamais pris la peine d’essayer de se connaître. Pourtant depuis deux mois et demi je vis et je partage tout avec eux. Je redescend à la cuisine. Porte communiquante fermée à double tour (instruction du proprio) et je m’engouffre dans la pièce. Il fait la même température que dehors. Pas de chauffage dans la cuisine et la salle de bain, j’ai de la buée qui me sort du nez quand je respire. Brrrr… Ah Martin, mon fantastique coloc irlandais de 45 ans est passé par là. La vaisselle qui traine dans l’évier, la poêle remplie de graisse encore sur la cuisinière et une espèce d’odeur d’oignons fris dans la rance. Il y a aussi des grandes empreintes de semelles sur le sol. Accueil impeccable. Je n’ai finalement plus faim.

Bon alors je vais prendre ma douche. Le temps que l’eau chauffe, j’ai les poils des bras tout hérissés, le corps recouvert de chair de poule et je trépigne dans la baignoire. Ah enfin du chaud. Le pauvre filet d’eau qui s’échappe de la pomme de douche arrive tout juste à me mouiller la largeur de trois doigts. La pression est pourtant à fond… La salle de bain se remplit de buée. Je met environ trente minutes à me laver les cheveux. J’en oublie l’après-shampooing. Pas grave, je n’ai qu’une envie, c’est en finir avec ce glaçon géant. J’entrouve la porte afin de pouvoir utiliser le miroir convenablement. Martin débarque. Il entre même si la lumière est allumée. De toute façon, c’est toujours allumé. Je crie. Il crie aussi. « Sorry, sorry ! ». Et comme je ne sais pas dire « y’a pas de mal Martin », ou « c’est bon, c’est pas grave » (politesse oblige), je lui répond « no, no! » Et là je me demande s’il a pas pris ça pour des avances. Genre « Non, non, vas-y, entre ! ». Humm je préfère ne pas trop y penser.

Je remonte dans ma chambre. Je ferme à clé, comme tous les soirs. Je n’ai toujours pas faim. De toute façon, il doit me rester un poivron et des pâtes. Je mangerai mieux demain. Hup, connexion internet lancée, et des heures sur msn, à envoyer des mails, à lire l’actu, à faire des tests stupides sur le site de Elle, à descendre de temps en temps pour me faire un café et à fumer des cigarettes. A minuit, j’ai des yeux version myxomatose et le miroir sur mon bureau me renvoie une image qui fait peur. Aller, au lit.

Minuit et Sinead, l’autre coloc rentre. Elle monte les marches de l’escalier quatre à quatre, j’ai l’impression que toute ma chambre va s’écrouler. Elle se met à chanter. Comme tous les matins, et comme tous les soirs. Elle est chanteuse lyrique. Mais en version ratée. Sa voix s’élève vers des octaves célestes, la voix s’éraille, c’est insupportable. Je ne comprend plus ce que raconte Proust. Déjà que dans le silence j’ai du mal, alors là, le livre me tombe des mains. Je me retourne, je souffle, je tappe du pied sur les barreaux du lit. MAIS ELLE VA SE TAIRE ???

Je rêve alors d’une colocation où tout le monde est gentil et tout le monde s’aime… Où la haine ne devient pas obsessionnelle au point de vouloir faire les pires crasses le lendemain par vengeance contre ces deux irlandais égoistes et insupportables… Mais les vocalises de Sinead m’empêchent même de réfléchir. Alors comme tous les soirs, j’attend. Finalement elle s’arrête. Je réussis tant bien que mal à m’endormir. Mais je sais que demain matin je vais être réveillée à 8 heures soit par les chants non-harmonieux de Sinead, ou par la toux grasse vomitive de Martin… Bon j’ai quand même 7 heures de sommeil au calme. Comme si c’était une chance…

On m’avait prévenu pour les colocations mais j’étais loin de penser qu’une de ce genre pouvait exister. On m’avait dit aussi que dans les appartements partagés, souvent on se disputait et qu’il ne valait mieux pas vivre avec un très bon ami. Il devient vite un ennemi. Le bonheur dans tout ça, c’est que je n’ai pas perdu d’amis, puisque je n’ai toujours eu que des ennemis.

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